Interviews :
Les professionnels canadiens de la santé tentés par l’expatriation
Etant donné le grand nombre de professionnels canadiens qui décident de s’expatrier, certaines agences de placement en ont fait leur spécialité. Les conditions de travail sont parfois beaucoup plus intéressantes à l’étranger. De plus, nombreux sont les pays qui mettent tout en œuvre pour attirer ces professions sur leur territoire. Rencontre avec deux experts de l’expatriation en santé.
Infirmières canadiennes : leçon de séduction à l’américaine
Entrevue avec Jon S. Whitby, créateur et directeur de Crossbordernurses.com
Basée à Toronto, Crossbordernurses annonce 5 000 candidats potentiels sur leur CVthèque dans l’ensemble du Canada. En 2007, elle a permis le placement de 150 professionnels, essentiellement des infirmières. La plupart dans des hôpitaux américains...
Pour quelles raisons les candidats sont-ils prêts à s’expatrier aux États-Unis ?
Il existe une différence majeure entre les systèmes hospitaliers canadien et américain. Aux USA, les hôpitaux sont privés et ont de l’argent pour engager du personnel. Côté canadien, les hôpitaux appartiennent aux pouvoirs publics et ont des budgets beaucoup plus serrés. Par conséquent, le personnel médical trouve de meilleures conditions de travail aux États-Unis : des emplois à plein temps et des salaires plus élevés notamment. De plus, il n’est pas rare que les hôpitaux américains couvrent leurs frais de déménagement et les aident même à rembourser les prêts contractés durant leurs études. Le marché canadien propose de plus en plus de contrats à mi-temps et peu de plein-temps. Donc, les infirmières qui décident d’y rester, s’adaptent et occupent plutôt des emplois dans l’industrie pharmaceutique ou encore, dans la recherche.
Vous parlez de salaires élevés. Avez-vous des exemples ?
Les salaires les plus élevés concernent évidemment les métiers où les professionnels manquent ! Actuellement, trois spécialités sont très demandées par nos clients : infirmière en chirurgie, aux urgences et en soins intensifs. Ces dernières, les infirmières CVICU (Cardiovascular Intensive Care Unit), sont les mieux payées avec un salaire annuel de 70 000 US$[1]. Les infirmières « intérimaires », qui ont des contrats de 13 semaines dans un hôpital, perçoivent également des salaires pouvant aller jusqu’à 80 000 US$ par année. Mais la rémunération peut aussi dépendre de la région où l’on exerce, que ce soit aux États-unis ou au Canada. En effet, une soignante à Toronto ou en Californie, où la demande est plus forte, touchera un salaire plus conséquent qu’ailleurs.
Quels sont vos critères pour recruter un candidat ?
En ce qui concerne les placements aux États-Unis, nous privilégions les candidats qui ont des amis ou de la famille à proximité. Ainsi, l’expérience est souvent moins difficile à vivre pour eux et le taux de réussite est meilleur. La durée moyenne d’un contrat est d’un an et il n’est pas facile de partir si longtemps lorsque l’on n’a pas d’attaches. Les postulants doivent également être détenteurs du « NCLEX », examen indispensable pour pouvoir exercer aux États-Unis. Pendant les quatre à cinq mois qui précèdent le départ, les candidats doivent faire des demandes pour acquérir une « state licence », un « visa TN » (Temporary Non-immigrant visa) d’une durée de trois ans, ainsi que d’autres documents divers. La motivation dont ils font preuve dans ces démarches administratives est également un critère de sélection pour nous.
Envie d’exotisme…?
Entretien avec Helen Ziegler, directrice de l’agence Helen Ziegler & Associates
Pour les plus aventureux, sachez que certaines agences de placement se spécialisent dans l’emploi sur d’autres continents. La société Helen Ziegler & Associates a choisi la région du Moyen Orient : depuis 1981, elle a placé 6 000 professionnels de santé en Arabie Saoudite, aux Émirats Arabes Unis, au Koweït et au Qatar.
Quel est le profil type des candidats que vous envoyez à l’étranger ?
Nous recrutons des médecins, des professionnels administratifs et tout type de professionnels de santé, mais les infirmier(e)s sont les plus demandés dans les hôpitaux du Moyen-Orient. Les candidat(e)s ont entre 23 et 58 ans et doivent impérativement avoir un minimum de deux ans d’expérience. Ce sont souvent des personnalités ouvertes qui aiment voyager, rencontrer du monde, faire du sport, et dotées d’une réelle envie de découvrir une autre culture. En un mot, le profil idéal pour l’expatriation : aventureux.
Quels sont les avantages pour ceux qui décident de partir ?
Les professionnels sont exemptés d’impôts, l’hôpital leur fournit leur billet d’avion et une maison meublée. En clair, le salaire annuel de 60 000 US$ que gagne une infirmière lui sert à se nourrir et à se divertir. De plus, elle bénéficie, à l’instar de tous les professionnels de santé qui optent pour le Moyen Orient, de 7 semaines de congés par an.
Qui sont vos clients ?
Nos clients sont les grands hôpitaux de soins tertiaires accrédités par la Joint Commission International (JCI) dont les moyens financiers sont tout aussi importants. Les cas traités sont souvent très intéressants et formateurs. La plupart du temps, les expatriés, engagés pour deux ans, prolongent leur expérience en renouvelant leur contrat initial.
[1] Le salaire moyen d’une infirmière au Canada est compris dans une fourchette allant de 38 000 $ à 58 000 $.